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championne d'un autre genre, 
renee richards

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En juillet 1976, à la Jolla, un paisible quartier de San Diego bordé par la mer, se tient le tournoi de tennis annuel. L’évènement attire des joueurs amateurs de premier plan venus de tous les États-Unis. 

 

Renée Clark, une joueuse du club local âgée de 31 ans, marque les esprits en survolant le tableau féminin. Il faut dire que cette ophtalmologiste reconnue, installée depuis un an dans la région, retient déjà depuis quelque temps l’attention de certains observateurs. Pourquoi ? Parce qu’elle présente un niveau de jeu hors du commun. Mais pas seulement…

Alors que le tournoi bat son plein, Dick Carlson, journaliste vedette de l’antenne locale de CBS, reçoit de la part d’une voisine d’étonnantes révélations au sujet de cette Renée Clark. L’homme mène alors l’enquête pour obtenir la confirmation de son potentiel scoop, assurément retentissant.

Quelques jours plus tard, Renée Clark remporte la finale en terrassant la jeune championne en titre : 6-1, 6-1.

 

Le lendemain, au cours d’un reportage diffusé depuis le club de La Jolla, Dick Carlson, face caméra, partage le fruit de ses rapides investigations : « Une joueuse inconnue de Orange County, Renée Richards, 31 ans, a écrasé toutes ses adversaires pour remporter le titre sans perdre un set. Mais Renée Richards, 31 ans, est en réalité le Docteur Richard H. Raskind, 41 ans. Il officiait jusqu'à il y a six mois comme ophtalmologiste à New York avant de déménager en Californie ».

Renée Richars en train de jouer au tennis.
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Face à l’emballement médiatique qui en découle, Renée Richards tient une conférence de presse pour affirmer haut et fort qu’elle est bel et bien une femme. Mais elle ne nie pas avoir un jour été un homme. 

 

Va alors débuter pour elle un long combat pour se faire accepter sur le circuit de tennis féminin qui lui ferme ses portes. Pourtant, ses performances la placeraient d’entrée parmi les meilleures joueuses du monde. 

 

La question de l’équité sportive va s’imposer au cœur du débat, bientôt suivie par une autre, formulée par la légende du tennis Arthur Ashe : « Si elle ne peut pas jouer l'US Open dames, et comme il me semble évident qu'elle ne peut pas jouer l'US Open messieurs puisqu'elle est légalement une femme, alors où peut-elle jouer ? ».

 

L’histoire fascine l’Amérique, car outre les débats qu’elle suscite, elle conte un destin pour le moins étonnant.

Richard Raskind est né en 1934 à New York. Son parcours est celui d’un jeune américain modèle digne d’une fiction hollywoodienne écrite à la hâte : diplômé de la prestigieuse université Yale, lieutenant commander dans l’US Navy, capitaine de son équipe universitaire de tennis. Après des études de médecine, Richard devient un jeune ophtalmologiste réputé pour ses travaux sur le strabisme, en plus d’être un tennisman de haut niveau participant à pas moins de 5 US Open.

 

Il ne manque à Richard qu’une femme magnifique et des enfants surdoués pour parachever le tableau. Oui mais voilà, Richard se sent femme. Il entreprend alors des traitements hormonaux, allant jusqu’à prévoir une opération de changement de sexe à Casablanca, avant de se rétracter au dernier moment. 

 

Tentant de renouer avec la voie tracée, Richard se marie à une top model avec qui il a un enfant. Après quelques maigres années dans le rôle de père de famille, Richard retourne explorer cet autre destin envisagé.

« Je n'avais plus le choix, je ne pouvais plus revenir en arrière. J'aurais préféré une autre solution, qu'on me propose un remède miracle, une drogue, du vaudou, mais ça n'existait pas. Alors, c'était ça ou le suicide ».

 

Richard quitte femme et enfant, va cette fois au bout de sa transition sexuelle. Il part s’écrire une nouvelle vie en Californie, sous le nom de Renée (un prénom inspiré par notre langue, à travers lequel il faut entendre « re-née »). 

C’est là-bas que son passé d’homme la rattrape à l’issue du tournoi de tennis de La Jolla.

Renée Richars en train de jouer au tennis.

Suite aux révélations de son passé d’homme, toutes les portes du circuit féminin se ferment… jusqu’à ce qu’un ami de Renée l’invite à participer à un tournoi professionnel qu’il organise. 25 joueuses se retirent. Certaines vont jusqu’à porter un t-shirt arborant un slogan sans équivoque : Go away Renée (« Va-t’en, Renée). Il faut dire que la polémique née de son irruption sur le circuit féminin soulève immédiatement des questions scientifiques et sportives, jusque-là inédites : le fait d’avoir été homme implique-t-il un avantage physique et donc une iniquité ? Le traitement hormonal a-t-il en fait gommé cet avantage ? Quels sont les risques pour le sport féminin si ces cas se multiplient ?

En 1977, coup de tonnerre : la Cour Suprême de Justice américaine autorise Renée Richards à participer aux compétitions féminines de tennis professionnelles. À 43 ans, Renée débute alors une honorable carrière : une finale de l’US open en double, deux titres WTA en simple et de belles performances qui lui permettront d’atteindre la 20e place du classement mondial en 1979.

 

À l’issue de sa carrière, Renée devient même la coach de la star du tennis mondial, Martina Navratilova, meilleure joueuse de son époque. Cette Tchécoslovaque tout juste naturalisée Américaine, qui connut la stigmatisation et l’isolement en tant qu’expatriée et homosexuelle, se reconnaît en Renée. 

Autre vedette du tennis féminin aux côtés de Renée, la championne Billie Jean ira jusqu’à lui apporter son soutien devant la Cour. Bille Jean, dont l’histoire retiendra son match épique nommé « bataille des sexes » contre l’ancien champion Bobby Riggs, convaincu de pouvoir vaincre la numéro 1 mondiale en dépit de ses 55 ans (il sera battu en trois sets : 6-4, 6-3, 6-3).

Renée Richards et Martina Navratilova tennant des raquettes de tennis.

Aujourd’hui, Renée se montre plus réservée sur l’accès au sport des transgenres en compétitions officielles : « Je sais que si j’avais été opérée à 22 ans, aucune personne génétiquement née femme n’aurait pu se mesurer à moi. J’ai donc repensé mon opinion ». 

 

Mais au-delà de la reconnaissance des transgenres dans le sport, le combat de Renée fut plutôt celui de la reconnaissance des transgenres par le sport. « Je pense que j’ai fait partie des pionnières sur le sujet, oui. À l’époque, j’étais une des seules à en parler ». Voilà sans doute sa plus belle victoire, celle que personne ne pourra lui contester.

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